RESTAURATION DE L’HABIT DE COUR DU MARECHAL BERTRAND

Détail d’un des boutons recouverts et brodés - Photo : © Sylvie Brun

Détail d’un des boutons recouverts et brodés - Photo : © Sylvie Brun

L’habit de cour du maréchal Bertrand a fait l’objet d’une demande de prêt de la part du musée des Beaux-Arts de Montréal, au Canada, dans le cadre de l’exposition "Napoléon, art et vie de cour au palais impérial" (3 février - 6 mai 2018). Cet article présente une description de cette pièce, son constat d’état, ainsi que les traitements qui ont été effectués avant son départ.

Cet habit de cour du Premier Empire (vers 1815) a appartenu au maréchal Bertrand (1773-1844). Il présente un col haut, des manches longues à revers, une longue basque fendue au milieu du dos avec de chaque côté à la taille un bouton et un pli plat. Il ferme sur le devant par sept boutons et autant de boutonnières. Sur l’épaule droite, dans le dos, un ensemble de cordonnets de filés métalliques suivant la pente d’épaule et terminé par un bouton recouvert servait probablement à maintenir en place une écharpe.

Il est réalisé dans un velours de soie rouge brodé d’éléments métalliques formant un décor de palmiers dans un style inspiré par l’expédition d’Egypte. La broderie couvre le col et les revers de manches et forme de larges bandes sur la bordure des devants et la fente dorsale ; des bandes plus étroites de décor courent sur le devant et l’arrière des manches et soulignent les coutures de montage du dos. Les boutons sont recouverts de velours brodé.

La doublure, en satin de soie blanc, présente un travail de matelassage dans la zone des épaules. L’excellent état de conservation de la pièce n’a pas permis d’avoir accès aux éléments de triplure situés à l’intérieur et permettant de rigidifier l’habit.

Cet habit témoigne, tant par sa construction que par son décor, de la persistance des savoir-faire hérités du XVIIIe siècle, ainsi que d’une volonté de retour au faste de l’Ancien Régime.

 
Habit de face et de dos - © Ph. Joffre et D. Lifermann/Galliera/Roger-Viollet

La broderie

La broderie métallique est constituée de deux types de canetilles, de filés et paillettes métalliques, de paillons et de sequins, de façon à créer différents effets de brillance.

Pour des raisons de coût et de facilité de mise en œuvre, les éléments métalliques sont le plus souvent plaqués de métaux précieux, lorsque ceux-ci ne sont pas remplacés par des imitations. Cette couche de plaquage s’est parfois usée et l’on ne sait pas toujours ce qui était doré ou argenté à l’origine. Il est cependant probable que les deux couleurs aient été présentes sur cet uniforme car certains filés semblent légèrement dorés.

Les filés métalliques sont réalisés à partir d’une âme de soie blanche autour de laquelle est enroulée une lame de métal. Lorsque la lame laisse voir une grande partie de l’âme textile, on parle de filé riant ; lorsque les spires de la lame sont plus serrées, on parle de filé couvert, ce qui est le cas pour cette broderie. 


Filé couvert - ©  Sylvie Brun

La canetille est constituée d’un élément métallique enroulé à la manière d’un ressort. Si c’est un fil de métal de section circulaire, c’est-à-dire un trait, qui est employé pour former le ressort, on parle de canetille brillante. Si c’est une lame qui est utilisée, on parle alors de canetille mate. Ces deux types de canetille sont présents dans la broderie de l’habit, apportant ainsi de subtiles variations d’éclat. Elles sont enfilées par petites sections sur un fil de soie blanche qui sert de support à la broderie.


Canteilles mate et brillante - ©  Sylvie Brun 

Les paillettes ont été réalisées à partir d’un trait, fil métallique de section circulaire. Ce fil a d’abord été enroulé de façon à former un ressort ; chaque boucle du ressort a été coupée et ensuite écrasée.


Paillette - ©  Sylvie Brun 

On rencontre également dans la broderie des sequins, qui sont des paillettes fantaisies non trouées au centre. Dans la broderie de cet habit, il s’agit d’éléments métalliques en forme de demi-sphères.


Sequins - ©  Sylvie Brun 

Sur les boutons, on trouve enfin des paillons, qui sont de petites plaques métalliques de formes diverses. Ces lames métalliques ont été embouties de façon à y laisser un décor. On parle alors de paillon guilloché.


Paillon guilloché - ©  Sylvie Brun 

Etat de conservation

L’état de propreté de cet habit est satisfaisant. Il est seulement légèrement empoussiéré, en raison notamment de la tendance du velours à retenir des particules dans ses poils. On observe également des zones d’oxydation des éléments métalliques de la broderie, sur la partie externe des bras et le long des bords. Les usures, les manipulations, le dépôt de salissures acides et l’action des polluants atmosphériques ont provoqué un noircissement de la couche d’argent. On note un léger jaunissement général de la doublure, lié au vieillissement de la soie, ainsi que des taches et des auréoles de transpiration dans la zone des aisselles.

Cet habit présente également un bon état de solidité. On observe quelques déformations du poil du velours, dont des marques sur le devant droit probablement laissées par une décoration. On remarque également quelques usures, fils tirés et manques dans la broderie. Il semble que le fil de soie qui maintient les éléments métalliques de décor ait perdu une partie de sa résistance mécanique. Cela est peut-être dû au fait que les ions métalliques produits par l’oxydation des lames et des fils de métal se comportent en catalyseurs de dégradation des fils de soie de la broderie. Ce phénomène irréversible ne pouvant être stoppé, il est donc nécessaire de réduire les manipulations de cet objet afin de réduire au maximum les frottements et les risques de pertes d’éléments de décor.

La doublure de l’habit présente quelques dégradations, probablement imputables à des phénomènes d’usure.

On observe une disparition des fils de chaîne du satin, principalement le long du bord supérieur du col et dans la zone des boutonnières. L’usure du col peut s’expliquer par les frottements avec le corps de l’utilisateur ainsi qu’avec les cintres, avant que l’objet ait intégré les collections du musée et soit stocké suivant les mesures de conservation préventive. La dégradation de la zone des boutonnières s’explique quant à elle par l’abrasion causée par les boutons et le devant opposé, tous brodés d’éléments métalliques.

Interventions

Il était nécessaire d’intervenir pour éviter que les usures observées sur la doublure progressent du fait des manipulations, des tensions et des frottements liés aux transports et à la mise en exposition de la pièce. Le traitement n’a concerné que la doublure de cette pièce, le velours étant en bon état et la broderie trop fragile pour permettre une intervention.

Il était surtout nécessaire d’apporter des protections aux zones de la doublure usées pour éviter que les fils de chaîne continuent à disparaître. Deux types de tissus différents ont été choisis en fonction des risques d’abrasion. Le col ne risque que de légers frottements au moment des procédures d’emballage et de déballage liées aux transports, de mannequinage et de démannequinage ; c’est une crêpeline de soie, c’est-à-dire le taffetas de soie le plus fin que l’on puisse trouver dans le commerce, qui a été choisie pour le traitement de cette zone. Pour protéger la doublure des boutonnières des frottements contre les éléments de broderie métallique des boutons, c’est un organza de soie, un taffetas un peu plus dense et plus raide que la crêpeline qui a été retenu. Ce matériau, s’il est plus solide, présente cependant l’inconvénient d’être un peu plus visible et plus mat. La solidité du matériau a été privilégiée sur l’aspect esthétique, cette partie de l’objet n’étant pas visible.

Les pièces de protection de crêpeline ont été mouillées à l’eau déminéralisée, mises droit fil, moulées sur des gabarits en film polyester découpés à la forme désirée, puis séchées. Ces pièces ont été placées sur les zones à protéger en suivant les droits fils et fixées sur le pourtour à l’aide de points de surjet au fil de soie organsin deux bouts. Les protections d’organza ont été cousues de la même manière entre les boutonnières.

L’ensemble de l’intervention a nécessité cinq jours de travail.

 
Partie gauche de la doublure du col, avant et après intervention - © Sylvie Brun

 
Détail de la boutonnière du haut, avant et après intervention - © Sylvie Brun

 
Détail de la boutonnière du haut, avant et après intervention - © Sylvie Brun

Auteur de l'article : Sylvie Brun, restauratrice textile

En savoir + : 
>> Consultez ici la fiche de cette oeuvre
>> Consultez ici le site web du musée des beaux-arts de Montréal


Consultez ci-dessous le diaporama de la restauration  :