Balenciaga, le coffret bobine, Haute Couture, Automne-Hiver 2024-2025

2024

Don de Monsieur Loïc Prigent.

Balenciaga a choisi un objet d’apparence minuscule et utilitaire : une bobine de fil à coudre en métal doré, présentée dans un coffret noir. Accompagnée d’un dispositif d’invitation pensé comme une mise en condition, elle condense à elle seule l’imaginaire du défilé, où la couture est moins un résultat qu’un processus rendu visible. Cristobal Balenciaga aimait coudre depuis son enfance. Venu à Paris, il revendique le modernisme, l’extravagance et le sens de l’élégance. 

Dans la continuité du travail de Demna Gvasalia, directeur artistique entre 2015 et 2025, la haute couture Balenciaga devient un espace de réflexion, où l’objet-invitation renvoie directement aux gestes fondamentaux de l’atelier : assembler, bâtir, réparer, maintenir. La bobine de fil, agrandie, précieuse et figée dans un matériau noble, transforme l’outil en symbole. Elle n’est plus un élément discret du travail invisible des ateliers, mais un signe assumé de la fabrication, élevé au rang de sculpture. 

Le coffret noir, strict et minimal, inscrit cet objet dans la série des outils de l’atelier, dont l’esthétique sobre évoque la dimension rituelle que la maison associe désormais à la couture. Loin de l’ornement gratuit, l’invitation fonctionne comme un manifeste : elle rappelle que la haute couture est d’abord une question de construction, de tension et d’assemblage, avant d’être une question d’apparence.

Dans cette démonstration, Balenciaga poursuit son exploration des codes de l’atelier transformés en langage conceptuel. L’invité reçoit ainsi non pas une simple invitation, mais une clé de lecture : celle d’un défilé qui interroge la valeur du geste manuel, la matérialité du vêtement et la place du processus dans l’objet fini. La maison travaille sur des lignes fermes et durables. 

La bobine de fil devient alors un concentré de couture, un objet-signe qui relie l’invisible du travail artisanal à la mise en scène spectaculaire du défilé.

Texte de Nicola Ross.