Chanel, « Collier-mètre » , Automne-Hiver 2026-2027

2026

Don de Monsieur Loïc Prigent.

Le « collier-mètre » en argent de Matthieu Blazy, imaginé pour le défilé Automne-Hiver 2026-2027 de Chanel, s’inscrit dans cette nouvelle génération d’objets-invitations pensés comme de véritables manifestes esthétiques. À première vue, l’objet évoque un outil d’atelier : une règle métallique, simple et fonctionnelle, associée au travail du tailleur, du modéliste ou de la première d’atelier. Mais une fois porté, il change de nature. L’instrument devient bijou ; l’objet utilitaire se transforme en signe cérémoniel.

Par ce déplacement subtil, Matthieu Blazy poursuit une réflexion sur les fondements mêmes de la couture. Le collier détourne un instrument banal pour en faire un symbole paradoxal : celui d’une maison où la rigueur technique demeure indissociable de la liberté du corps. Chez Chanel, mesurer n’a jamais signifié contraindre, mais plutôt donner forme au mouvement, construire une silhouette capable d’accompagner la vie moderne.

Cette idée résonne profondément avec l’héritage de Gabrielle Chanel, qui concevait le vêtement comme une libération du corps obtenue par une extrême précision de coupe. Le tombé d’une veste, l’équilibre d’un tailleur ou la fluidité d’une manche relèvent d’une science discrète et invisible, au cœur de l’élégance Chanel.

Avec ce collier-règle, Matthieu Blazy rend précisément cette mécanique visible. L’objet n’illustre pas seulement la collection : il en révèle la méthode. Le luxe n’est plus ici purement décoratif ; il devient structure, construction, intelligence du geste. Là où certaines maisons privilégient l’effet spectaculaire, Blazy choisit au contraire un langage plus silencieux, fondé sur le déplacement des signes et la poésie de l’atelier.

Le collier agit ainsi comme une forme concise de manifeste. Il rappelle que la mode est avant tout affaire d’ajustement : entre le vêtement et le corps, entre la mémoire et le présent, entre la rigueur de la fabrication et la liberté de l’allure. En transformant une règle en bijou, Matthieu Blazy ne rompt pas avec l’histoire de Chanel ; il en déplace subtilement le centre de gravité, jusqu’à faire de la mesure elle-même une forme d’élégance

Texte de Nicola Ross.