Don de Monsieur Loïc Prigent.
Le collier imaginé pour la collection Haute Couture Printemps-Été 2026 de Chanel apparaît comme l’un des objets narratifs les plus singuliers de cette saison. Présenté dans une petite boîte rectangulaire, ce bijou en argent figure un champignon s’ouvrant délicatement sur un petit oiseau caché en son cœur, comme un secret précieux confié aux invités du défilé. Plus qu’une invitation, l’objet se pense comme un talisman, une miniature poétique condensant l’esprit de la collection imaginée par Matthieu Blazy.
Sous la nef du Grand Palais, le créateur avait conçu une clairière enchantée aux dimensions presque irréelles. Champignons monumentaux, couleurs vibrantes et silhouettes féeriques composaient un paysage où la nature devenait langage couture. Dès l’invitation, le motif du champignon s’imposait comme le signe annonciateur de cet univers onirique : un champignon protecteur, presque magique, renfermant un oiseau — symbole de liberté, d’évasion et de renaissance.
Cette iconographie n’est pas étrangère à l’histoire de la maison. Le champignon traverse discrètement l’imaginaire de Gabrielle Chanel, fascinée par les objets porte-bonheur et les symboles naturels. Dans son appartement de la rue Cambon, plusieurs objets évoquaient déjà cet univers organique et mystérieux, notamment un branchage de lingzhi, surnommé « champignon de l’immortalité ». Plus tard, Karl Lagerfeld convoquait lui aussi la forêt enchantée dans ses défilés, inscrivant la poésie du végétal dans le vocabulaire visuel de Chanel.
Avec ce collier-sculpture, Matthieu Blazy prolonge cet héritage tout en lui donnant une dimension contemporaine et sensible. L’objet devient un manifeste miniature : un bijou qui raconte une histoire, un écrin qui s’ouvre comme un conte, une invitation transformée en souvenir précieux. Entre talisman surréaliste, objet d’art et accessoire de mode, ce collier témoigne de la capacité de la haute couture à faire dialoguer rêve, mémoire et artisanat.
Texte de Nicola Ross.