Dior, trois œufs sur assiette, défilé Homme Printemps-Été 2026

2025

Don de Monsieur Loïc Prigent.

Le 25 juin 2025, Jonathan Anderson dévoile sa première collection pour Dior à l’occasion du défilé Homme Printemps-Été 2026. Pour accompagner cette entrée inaugurale au sein de la maison, le directeur artistique imagine une invitation singulière : une assiette en faïence écrue accueillant trois œufs en trompe-l’œil, disposés comme les éléments silencieux d’un petit-déjeuner suspendu. 

Par son apparente simplicité, l’objet concentre plusieurs thèmes chers au créateur : le quotidien transformé en signe, le détournement domestique et la puissance symbolique des formes ordinaires. Dans l’histoire de l’art, l’œuf apparaît comme une figure originelle. Il évoque la naissance, la continuité et la transformation ; une matrice à partir de laquelle toute existence peut émerger. Ce motif accompagne avec justesse l’arrivée de Jonathan Anderson à la direction de l’ensemble des lignes créatives de Dior — Homme, Femme, Couture et Croisière — ouvrant un nouveau cycle pour la maison.

Le créateur lui-même rattache cette invitation à l’univers pictural de Lucian Freud, dont il cite l’œuvre Four Eggs on a Plate (2002) comme référence fondatrice. Les premières compositions du peintre britannique, marqué par l’héritage post-surréaliste, accordent une attention particulière aux objets modestes, aux présences silencieuses et aux tensions psychologiques contenues dans les scènes du quotidien. Jonathan Anderson prolonge ici cette sensibilité en faisant de l’œuf un objet de projection symbolique autant qu’un élément sculptural.

Cette référence au surréalisme résonne également avec une histoire plus large des avant-gardes artistiques du XXe siècle. Chez les surréalistes, l’œuf devient un motif récurrent associé au rêve, à la métamorphose et à l’inconscient. Salvador Dalí en fait notamment un symbole ambigu et onirique dans plusieurs compositions, parmi lesquelles Œuf sur le plat sans le plat (1932). Comme dans l’invitation imaginée par Jonathan Anderson, les formes semblent familières tout en basculant discrètement vers l’étrangeté.

Le chiffre trois participe lui aussi de cette construction symbolique. Il évoque une forme d’équilibre et de continuité : le passé, le présent et l’avenir ; le commencement, le développement et l’achèvement. Réunis sur une même assiette, ces trois œufs composent une nature morte contemporaine où l’objet d’invitation devient à la fois manifeste esthétique et seuil narratif. Plus qu’un simple carton de défilé, cette pièce introduit les invités dans l’univers du créateur et annonce, avec retenue et humour, l’ouverture d’une nouvelle ère pour Dior. 

Texte de Nicola Ross.