Hommage à Jacqueline de Ribes (1929–2025)

Le Palais Galliera rend hommage à Jacqueline de Ribes (1929–2025), l’une des figures parisiennes majeures du XXᵉ siècle. Souvent décrite par la presse internationale comme la femme la plus élégante du monde, Jacqueline de Ribes incarne une certaine idée de l’élégance parisienne. À travers son allure, elle ne se contente pas de porter le vêtement : elle l’interprète et le réinvente selon ses propres règles. En 1971, puis en 2021, la comtesse de Ribes fait au Palais Galliera deux donations exceptionnelles de sa garde-robe : près de 200 ensembles complets — robes, manteaux, chaussures, sacs et bijoux — couvrant plus d’un demi-siècle de création, de 1954 à 2008.

Henry Clarke. Jacqueline de Ribes, chez elle, en robe du soir Yves Saint Laurent, publiée dans Vogue, édition française, 1979

Jean Dessès : la naissance d’une vocation pour la couture

Robe du soir par Jean Dessès, Haute couture, printemps-été, 1954. CC0 Palais Galliera / Paris Musées

Née Jacqueline de la Bonninière de Beaumont, elle se passionne très tôt pour le vêtement. Plus tard, devenue cliente des plus grandes maisons de couture (Christian Dior, Yves Saint Laurent, Valentino, Emmanuel Ungaro, Jean Dessès, Jean Patou ou Guy Laroche), elle n’hésite jamais à intervenir sur les modèles : modifier une ligne, accentuer une épaule, imposer une couleur, dicter une allure. Elle adapte la haute couture à son image. Parmi les pièces les plus précieuses de la donation figure sa toute première robe de haute couture, signée Jean Dessès, en 1954.

Yves Saint Laurent : une garde-robe manifeste

  • Robe du soir par Yves Saint Laurent, Haute couture, printemps-été 1966, recrée en 2002.
    CC0 Palais Galliera / Paris Musées
  • Robe du soir par Yves Saint Laurent, Haute couture, printemps-été 1980. 
    CC0 Palais Galliera / Paris Musées
  • Robe du soir par Yves Saint Laurent, Haute couture, automne-hiver 1981-1982.
     
    CC0 Palais Galliera / Paris Musées
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Yves Saint Laurent occupe une place centrale dans sa garde-robe. L’ensemble des pièces conservées couvre l’intégralité de la carrière du couturier, dès sa première collection, en 1962 et représentent nombre de ses collections les plus célèbres : la tenue « paysanne » du printemps-été 1964, la mini-robe transparente brodée de 1966 ou encore les créations issues de collection « Opéra - Ballets russes » en 1976.

Christian Dior : fidélité et commandes exceptionnelles

  • «Opium », robe du soir par Christian Dior, Haute couture, automne-hiver 1957-1958.
     
    CC0 Palais Galliera / Paris Musées
  • Ensemble du soir de Christian Dior par Marc Bohan, Haute couture, printemps-été 1967.
    CC0 Palais Galliera / Paris Musées
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La collection Christian Dior de la donation est tout aussi remarquable. Dès la fin des années 1940, Jacqueline de Ribes s’intéresse à la maison fondée par Christian Dior, qu’elle visite grâce à son oncle Étienne de Beaumont. Certaines pièces sont des commandes spéciales, réservées à une cliente dont la notoriété et l’exigence suffisent à convaincre les ateliers. C’est le cas de la robe en broché d’or et zibeline portée en 1970 à la première de Médée de Pasolini.

Valentino : une rencontre fondatrice

Robe du soir par Valentino, printemps-été 1999
CC0 Palais Galliera / Paris Musées

Bien que représentés par un nombre plus restreint de pièces, les modèles Valentino occupent une place symbolique essentielle. C’est Jacqueline de Ribes qui, dans les années 1950, collabore avec le jeune Valentino Garavani avant même la fondation de sa maison. Selon le couturier, leur rencontre est fondatrice. Valentino la surnommera plus tard « la dernière reine de Paris ». La donation au Palais Galliera comprend notamment une robe rouge cardinal de 1999 — couleur devenue signature absolue du créateur italien.

Du spectacle à la création : une vision totale de la mode

  • Costume réalisé par Jacqueline de Ribes pour le "Bal oriental" à partir de robes haute couture récupérées, parure par Gripoix, 1969.
    CC0 Palais Galliera / Paris Musées
  • Robe du soir par Jacqueline de Ribes, printemps-été 1988
    CC0 Palais Galliera / Paris Musées
  • Richard Avedon “The Vicomtesse Jacqueline de Ribes, hair by Kenneth, New York, December 14, 1955” © The Richard Avedon Fondation. À travers ces vêtements se dessine un style immédiatement reconnaissable : un spectaculaire maîtrisé, une élégance étudiée avec minutie. Modèle des plus grands photographes comme Richard Avedon, Jacqueline de Ribes est célébrée autant pour son allure que pour ses traits dans les plus importants magazines.
    The Richard Avedon Fondation
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Certains ensembles conservés au Palais Galliera témoignent de moments clés de l’histoire de la mode. L’ensemble porté lors du « Grand divertissement de Versailles » en novembre 1973 — événement resté célèbre sous le nom de Battle of Versailles — inscrit Jacqueline de Ribes au cœur d’un basculement majeur, consacrant l’émergence des créateurs américains sur la scène internationale. Par sa présence et son allure, elle participe pleinement à cette scène fondatrice où la mode devient spectacle et affirmation culturelle.

Cette dimension spectaculaire s’exprime aussi pleinement dans les costumes de bal. De la « Folle de Chaillot » en 1965 au somptueux costume de harem du Bal oriental de 1969, jusqu’à la duchesse de Guermantes incarnée lors du mythique Bal Proust de 1971, Jacqueline de Ribes fait du déguisement un art total. Ces créations, souvent composées de dizaines d’éléments et d’accessoires, prolongent son goût pour la mise en scène de soi et s’inscrivent dans la grande tradition des costumes de haute société conservés par le Palais Galliera depuis la fin du XIXᵉ siècle.

Cette trajectoire du vêtement trouve un prolongement naturel en 1983, lorsqu’elle fonde sa propre maison de couture. Présentées à Paris et à New York, ses collections rencontrent un véritable succès, notamment aux États-Unis. Conçus selon sa silhouette élancée, ses vêtements allient complexité de coupe, richesse des matières et exigence de finition, affirmant une mode pensée par une femme pour les femmes, fidèle à sa vision de l’allure.

Par les donations exceptionnelles qu’elle consent au Palais Galliera, Jacqueline de Ribes confie au musée bien plus qu’une garde-robe mais le portrait vivant d’une personnalité hors du commun. Honorée par une rétrospective au Metropolitan Museum of Art à New York en 2015, elle aura incarné, tout au long de la seconde moitié du XXᵉ siècle, une manière unique d’incarner la mode.