Zoom sur 6 dons récents au Palais Galliera

Au fil des années, les collections du Palais Galliera s'enrichissent grâce à la générosité de particuliers, de créateurs ou de maisons de mode qui choisissent de faire don de pièces anciennes ou contemporaines, rares ou emblématiques d'une époque, d'un savoir-faire ou d'une tendance. Ces donations permettent de préserver un patrimoine exceptionnel, tout en faisant découvrir au public des créations, des histoires et des personnalités parfois méconnues.

Invitation Balenciaga Haute couture Automne-hiver 2024-2025 (Bobine)© Isée Kaletka / Palais Galliera

Guidée par le Projet scientifique et culturel du musée (PSC), le développement des collections s'attache autant à l'histoire de la mode qu'à l'histoire sociale et culturelle de Paris, ou encore aux parcours singuliers des donateurs et des collectionneurs. Ces œuvres permettent également de faire dialoguer le patrimoine avec la création contemporaine et d'expliciter le propos scientifique des expositions.

Invitations aux défilés de Chanel, Schiaparelli ou Balenciaga, robes de créateurs, croquis publiés dans les magazines de mode... Découvrez six dons récents qui ont rejoint récemment les collections du Palais Galliera. 

1/ PLUS DE 100 INVITATIONS AUX DÉFILÉS DE MODE DES COLLECTIONS DE PRÊT-À-PORTER ET DE HAUTE COUTURE 

Don de Monsieur Loïc Prigent 

Dès la fin des années 1980, le Palais Galliera s’est attaché à collecter les éphémères de la mode (invitations, factures, lookbooks, cahiers de dessins, documents de presse...) principalement grâce à des dons de journalistes et au personnel scientifique du musée. Le musée rassemble aujourd’hui une collection de 11 000 invitations des années 1970 à nos jours. Conçues comme de véritables objets de création, ces trois invitations données au musée par le journaliste de mode Loïc Prigent, illustrent l'inventivité des maisons de mode dans leur manière d'annoncer un défilé et de susciter l'attente et l'intérêt de leurs invités comme du grand public, notamment grâce à leur diffusion sur les réseaux sociaux. Parmi les pièces de ce don figurent trois invitations à des défilés de haute couture, à retrouver ci-dessous.

En savoir plus sur les éphémères de la mode

Balenciaga, le coffret bobine, Haute Couture, Automne-Hiver 2024-2025

  • Invitation Balenciaga Haute couture Automne-hiver 2024-2025 © Isée Kaletka / Palais Galliera
  • Invitation Balenciaga Haute couture Automne-hiver 2024-2025 © Isée Kaletka / Palais Galliera
  • Invitation Balenciaga Haute couture Automne-hiver 2024-2025 © Nicola Ross
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Balenciaga choisit ici un objet d’apparence minuscule et utilitaire : une bobine de fil à coudre en métal doré, présentée dans un coffret noir. Pensé comme une véritable mise en condition, ce dispositif d’invitation condense l’imaginaire du défilé et met en avant la couture comme processus plutôt que comme résultat.

Dans la continuité de l’approche de Cristóbal Balenciaga et du travail de Demna Gvasalia, la haute couture devient un espace de réflexion autour des gestes fondamentaux de l’atelier : assembler, construire, réparer. Agrandie et précieuse, la bobine de fil transforme l’outil en symbole et élève le geste artisanal au rang de signe sculptural.

Le coffret noir, sobre et minimal, inscrit l’objet dans une esthétique rituelle qui fait de l’invitation un manifeste. Plus qu’un simple carton, elle propose une clé de lecture du défilé : la couture comme tension entre geste, matière et construction, où l’objet-signe relie le travail invisible de l’atelier à sa mise en scène spectaculaire. 

Schiaparelli, Tête de serpent ailé doré, Haute Couture, Printemps-Été 2026

  • © Isée Kaletka / Palais Galliera
  • © Nicola Ross
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Daniel Roseberry imagine une invitation comme un véritable objet surréaliste. Plus qu’un simple support de communication, cette invitation devient la première porte d’entrée dans l’univers émotionnel et symbolique du défilé.

Inspiré par la découverte de la chapelle Sixtine et par l’intensité spirituelle des fresques de Michel-Ange, Daniel Roseberry explore ici la tension entre beauté et inquiétude, grâce et danger. Le serpent, figure ancienne de métamorphose, de tentation et de renaissance, est réinterprété sous une forme ailée évoquant l’élévation, le rêve et le dépassement du réel. 

Cette dualité traverse toute la collection : silhouettes hybrides, créatures fantastiques, oiseaux de paradis et références animales composent un imaginaire où la couture devient une expérience sensorielle et émotionnelle. Fidèle à l’héritage d’Elsa Schiaparelli, fascinée par le surréalisme et les symboles oniriques, Roseberry transforme l’invitation en sculpture précieuse, entre art et mode.

Chanel, le collier champignon oiseau et son coffret, Haute Couture, Printemps-Été 2026

  • Invitation Chanel Haute Couture Printemps-Été 2026 © Isée Kaletka / Palais Galliera
  • Invitation Chanel Haute Couture Printemps-Été 2026 © Isée Kaletka / Palais Galliera
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Ce collier apparaît comme l’un des objets narratifs les plus singuliers de cette saison. Présenté dans une petite boîte rectangulaire, ce bijou en argent figure un champignon s’ouvrant délicatement sur un petit oiseau caché en son cœur, comme un secret précieux confié aux invités du défilé. L’objet se pense comme un talisman, une miniature poétique condensant l’esprit de la collection imaginée par Matthieu Blazy.

Sous la nef du Grand Palais, le créateur avait conçu une clairière enchantée aux dimensions presque irréelles. Champignons monumentaux, couleurs vibrantes et silhouettes féeriques composaient un paysage où la nature devenait langage couture. Dès l’invitation, le motif du champignon s’imposait comme le signe annonciateur de cet univers onirique : un champignon protecteur, presque magique, renfermant un oiseau — symbole de liberté, d’évasion et de renaissance.

Cette iconographie n’est pas étrangère à l’histoire de la maison. Le champignon traverse discrètement l’imaginaire de Gabrielle Chanel, fascinée par les objets porte-bonheur et les symboles naturels. Dans son appartement de la rue Cambon, plusieurs objets évoquaient déjà cet univers organique et mystérieux, notamment un branchage de lingzhi, surnommé « champignon de l’immortalité ».  

Les invitations

Découvrez les invitations aux défilés de mode issues des archives du Palais Galliera dans la Bibliothèque numérique

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2/ Manteau du jour des années 20

Don de Madame Yvonne Sassinot de Nesle 

Les années 1920 voient la mode s’ouvrir largement à la peinture et à l’architecture. Les broderies aux formes géométriques — triangles, carrés, losanges — puisent dans les vocabulaires cubiste, orphiste et Art déco, qui nourrissent alors de nouvelles expressions de la modernité, tant dans la mode que dans les arts décoratifs.

Brodé de fils de coton sur un fond de satin de soie, ce manteau illustre parfaitement l’attrait de l’époque pour la géométrie, la clarté des formes et les innovations des avant-gardes picturales, sans renoncer à la richesse ornementale. La délicate gradation des tons sable, déployée comme une véritable gamme chromatique, évoque les recherches textiles de Sonia Delaunay, les compositions Art déco de Jean Dunand ou encore certaines expérimentations géométriques de Madeleine Vionnet, notamment celles inspirées par l'artiste Thayaht.

L’auteur de ce manteau demeure toutefois inconnu. Dépourvu d’étiquette, il attend encore qu’une photographie de mode, une illustration publiée dans la presse ou un dessin conservé dans les archives permette de l’identifier, de lui rendre un nom et d’enrichir son histoire.

  • GAL2025.27.1
    Manteau du jour, années 1920 CC0 Palais Galliera / Paris Musées
  • GAL2025.27.1
    Manteau du jour, années 1920 CC0 Palais Galliera / Paris Musées
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3/ Robe du soir « Fleur de nacre » ​Hubert de Givenchy, ​Haute couture, automne-hiver 1953-54, collection « Ligne Mystère »

Don de Madame Clémence Cornut-Gentille

Cette robe du soir est datée de la quatrième collection haute couture de Givenchy. Baptisée « Ligne mystère », le défilé s’inspire d’un extrême Orient fantasmé révélant les goûts du jeune couturier en matière de décoration d’intérieur. La coupe des modèles tout comme leur décor renvoient au Japon ou à la Chine, comme le reflète cette robe. Intitulée « Fleurs de nacre », elle est subtilement brodée de plaques de nacre véritable et de plaques de nacre de Tahiti (reconnaissable à sa couleur pourprée) formant des fleurs. Cousus à leurs extrémités seulement, les pétales s’entrechoquent et tintinnabulent à la marche, comme le signalent les chroniqueurs du défilé. Ces ornements se posent sur des ondes rappelant la surface de l’eau, brodés au point de chainette avec des fils métalliques argentés et cuivrés. ​

Il est probable que ce modèle soit le prototype original du défilé, acquis par Luce Cornut-Gentille, épouse de l’homme politique Bernard Cornut-Gentille. ​

  • GAL2024.37.1
    Robe du soir « Fleur de nacre » ​Hubert de Givenchy, ​Haute couture, Automne - Hiver 1953-54CC0 Palais Galliera / Paris Musées
  • GAL2024.37.1
    Robe du soir « Fleur de nacre » ​Hubert de Givenchy, ​Haute couture, Automne - Hiver 1953-54CC0 Palais Galliera / Paris Musées
  • GAL2024.37.1
    Robe du soir « Fleur de nacre » ​Hubert de Givenchy, ​Haute couture, Automne - Hiver 1953-54CC0 Palais Galliera / Paris Musées
  • GAL2024.37.1
    Robe du soir « Fleur de nacre » ​Hubert de Givenchy, ​Haute couture, Automne - Hiver 1953-54CC0 Palais Galliera / Paris Musées
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4/ Robe du soir « Signature » Dice Kayek, créée spécialement à l'occasion de l'exposition "A Journey Into Couture" du 9 au 27 juillet 2015 à la Joyce Gallery, Galerie de Valois, Jardins du Palais Royal

Don de Monsieur Dice Kayek​

La marque Dice Kayek est fondée à Istanbul en 1992 par deux sœurs, Ece Ege et Ayşe Ege qui présentent leur premier défilé à Paris pour la saison printemps-été 1993. Vers la fin des années 2000, leurs silhouettes se structurent par des volumes nets, notamment grâce à l’emploi de néoprène, une matière synthétique à base de caoutchouc, légère et sculpturale, sur lequel elles appliquent des matières luxueuses par thermocollage. ​

A la suite de ces nombreuses expositions et manifestations culturelles, Ece Ege et Ayşe Ege, qui défilent en haute couture à Paris entre 2014 et 2016, souhaitent protéger leurs créations en les proposant en don aux plus importants musées de mode. Baptisé « Signature », cette robe est richement brodée de sequins en forme d’amandes en métal doré et de barrettes de cristaux Swarovski rose doré formant des motifs d’épis de blé, également symboles d’abondance et de prospérité en Anatolie. Cette croyance se retrouve dans les cultures occidentales et notamment chez les couturiers, dont Gabrielle Chanel et Yves Saint Laurent qui, assumant cette superstition, brodent d’épis de blé certains de leur modèle. ​

  • GAL2025.6.4
    Robe du soir « Signature » Dice Kayek avec ballerines, à l'occasion de l'exposition "A Journey Into Couture", 2015 CC0 Palais Galliera / Paris Musées
  • GAL2025.6.4
    Robe du soir « Signature » Dice Kayek avec ballerines, à l'occasion de l'exposition "A Journey Into Couture", 2015 CC0 Palais Galliera / Paris Musées
  • GAL2025.6.4
    Robe du soir « Signature » Dice Kayek avec ballerines, à l'occasion de l'exposition "A Journey Into Couture", 2015 CC0 Palais Galliera / Paris Musées
  • GAL2025.6.4
    Robe du soir « Signature » Dice Kayek avec ballerines, à l'occasion de l'exposition "A Journey Into Couture", 2015 CC0 Palais Galliera / Paris Musées
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5/ Ensemble en dentelle, chaussures Mary Janes et chapeau à large bord. Collection haute couture, automne-hiver 2021-2022, présenté dans la cour du Palais Galliera

Don de la Maison Chanel

Le 6 juillet 2025, la Maison Chanel présente son défilé haute couture pour la saison automne-hiver 2021-2022 sous la direction artistique de la créatrice Virginie Viard dans la cour du Palais Galliera. Le passage n°30 est fidèle à l’engagement de la Maison Chanel pour l’artisanat et les métiers de la haute couture. La dentelle, soulignée d’applications, est ennoblie par des enductions polyester apportant à la surface sa subtilité colorée. Les bretelles sont des galons brodés par la Maison Lemarié tandis que le chapeau, modelé par Maison Michel, a été rebrodé de fleurs artificielles par Lemarié. ​

  • GAL2026.17.1
    Chanel, ensemble en dentelle, chaussures Mary Janes et chapeau à large bord. Collection haute couture, automne-hiver 2021-2022 CC0 Palais Galliera / Paris Musées
  • GAL2026.17.1
    Chanel, ensemble en dentelle, chaussures Mary Janes et chapeau à large bord. Collection haute couture, automne-hiver 2021-2022 CC0 Palais Galliera / Paris Musées
  • GAL2026.17.1
    Chanel, ensemble en dentelle, chaussures Mary Janes et chapeau à large bord. Collection haute couture, automne-hiver 2021-2022 CC0 Palais Galliera / Paris Musées
  • Défilé Haute couture, automne-hiver 2021-2022 au Palais Galliera, musée de la Mode de Paris © CHANEL
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6/ Don Mouchy : 41 pièces couvrant la carrière de l'une des plus grandes illustratrices de mode de 1963 à 1998

Don de Madame Mouchy Zbinden

Née en 1932 à Garmisch-Partenkirchen en Allemagne, Anna Katherina Daisenberger, dite Mouchy, découvre très tôt les magazines Vogue et Harper's Bazaar, qui éveillent sa vocation d'illustratrice de mode. Diplômée de la Meisterschule für Mode de Munich en 1953, elle s'installe à Paris au milieu des années 1950, où elle débute sa carrière d'illustratrice après avoir été chanteuse de jazz et mannequin. Son pseudonyme, Mouchy, est une francisation de son surnom d'enfance.

À partir de 1956, elle collabore avec de nombreuses maisons, magazines et bureaux de style. Après un séjour à New York, où elle perfectionne son métier de fashion illustrator, elle revient s'installer définitivement à Paris en 1961. Reconnue pour son talent par de grands directeurs artistiques tels que Roman Cieslewicz et Peter Knapp, elle travaille notamment pour ELLE, Jardin des Modes, Marie Claire, Harper's Bazaar et les différentes éditions de Vogue, tout en répondant à des commandes internationales, notamment au Japon dans les années 1980.

« Mouchy a connu le temps où il était interdit de prendre des photographies pendant les collections de couture, interdit de publier un dessin ou une photo d’un manteau, d’une robe, d’une blouse, un mois avant leur sortie dans les boutiques.
Mouchy est capable de deux formes de dessin, le dessin de charme et le dessin d’information très attendu des couturières qui devaient copier ou s’inspirer de ces modèles pour leur clientèle, et « les croquis de tendance » pour les quotidiens et les magazines de mode » […] « Mouchy, elle, a dessiné pour tous les magazines féminins et a connu une longue carrière, portée par la reconnaissance du milieu de la mode. »

  • GAL2025.E.26.1 Crayon graphite, pastels gras ; 1963, Vogue anglais 
    Illustrations, couvertures de magazines, croquis pris sur le vif lors de défilés réalisés par Mouchy entre 1963 et 1998 CC0 Palais Galliera / Paris Musées
  • GAL2025.E.26.6 Letraset, crayon de couleur et feutre noir ; 1965, ELLE 
    Illustrations, couvertures de magazines, croquis pris sur le vif lors de défilés réalisés par Mouchy entre 1963 et 1998 CC0 Palais Galliera / Paris Musées
  • GAL2025.E.26.13 Pastel gras, gouache ; 1975, ELLE 
    Illustrations, couvertures de magazines, croquis pris sur le vif lors de défilés réalisés par Mouchy entre 1963 et 1998 CC0 Palais Galliera / Paris Musées
  • GAL2025.E.26.9 Pastel gras, crayons de couleurs, stylos feutres, crayon graphite ; 1968, Harpers & Queen (Foale & Tuffin) 
    Illustrations, couvertures de magazines, croquis pris sur le vif lors de défilés réalisés par Mouchy entre 1963 et 1998 CC0 Palais Galliera / Paris Musées
  • GAL2025.E.26.21 Collage avec tirage photographique noir et blanc, stylos feutres ; 1981, Gap, Saint Laurent 
    Illustrations, couvertures de magazines, croquis pris sur le vif lors de défilés réalisés par Mouchy entre 1963 et 1998 CC0 Palais Galliera / Paris Musées
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