Outside Fashion

Modèle Veruschka, robe Givenchy pour Adele Simpson, Jantar Mantar, Jaipur, Inde, 1964. © Henry Clarke / Galliera / Roger-Viollet

Modèle Veruschka, robe Givenchy pour Adele Simpson, Jantar Mantar, Jaipur, Inde, 1964. © Henry Clarke / Galliera / Roger-Viollet

La photographie de mode, du studio aux pays exotiques (1900-1969)

07.12.2019 — 08.03.2020

Hors les murs

Pour la première fois, des photographies inédites issues de nos collections sont exposées à Amsterdam. "Outside Fashion" retrace l'histoire et l’évolution de la photographie de mode de 1900 à 1969, et notamment le passage des prises de vues en studio aux shootings en extérieur.

Née au sein des studios de portraitistes de la fin du XIXe siècle, la photographie de mode tente dès le début du XXe siècle de représenter le monde extérieur pour mieux ancrer le vêtement dans la réalité. Si le studio cherche au début à recréer l’illusion du dehors en intérieur par des moyens de trompe-l’œil et d’éclairages sophistiqués, très vite l’industrie de la mode comprend l’intérêt d’une représentation des modèles en situation. Les champs de course, les planches de Deauville, les promenades au bois constituent les occasions idéales de monstration des dernières collections. La mode fait ses premiers pas en extérieur.

Au milieu des années 1930, le reportage apporte un souffle nouveau à la mode, bouleversant les codes confinés du studio. Son esthétique venue de la nouvelle vision renouvelle le genre. Jean Moral engagé par Harper’s Bazaar en est un des exemples les plus remarquables.

Après la seconde guerre mondiale, Paris est le lieu des prises de vue d’une haute couture tout à la fois renaissante et sur le déclin. La capitale est le décor de mises en scène devenues iconiques et toujours copiées. Parallèlement les débuts du tourisme vers le soleil et les premiers voyages en Boeing entrainent la mode vers des destinations de plus en plus lointaines. Les photographies de mode d’Henry Clarke pour Vogue affichent des couleurs exotiques.

La photographie de mode en extérieur se définit ainsi comme un genre à part entière. Des jardins sur fonds peints aux palais de maharajahs indiens, la photographie de mode n’aura de cesse de s’ouvrir sur le monde. Cette exposition se propose d’en retracer l’histoire.

Factice


Talbot,  la cantatrice Nelly Martyl en manteau de léopard Fourrures Max, Leroy et Schmid,  vers 1910.

Imprimée dans les revues de mode dès la fin du XIXe siècle, la photographie concurrence le dessin par son réalisme. La finesse des tirages et des impressions permet le rendu des détails et des ornements et traduit la subtilité des matières et des textiles caractéristiques de la mode d’avant 1914. La photographie de mode s’épanouit alors dans les studios des portraitistes, reprenant les conventions en vigueur en matière de décor, d’accessoire et de pose. L’utilisation de fonds peints évoquant l’extérieur s’inscrit dans la continuité des gravures du XIXsiècle et participe à ce surplus de réalité apporté à la mode par la photographie. Ils font ainsi écho aux tenues représentées, parcs aux arbres dénudés pour des étoles de fourrure, jardin fleuri pour des tenues d’après-midi. En figurant en arrière-plan un monde extérieur factice, ces images d’avant-guerre esquissent le lien entre la mode d’une époque et son environnement. Mais elles disent également l’étroitesse du studio. Dans les années 1920 et 1930, celui-ci reste le lieu principal de la photographie de mode, abandonnant les fonds peints pour des mises en scène tout droit sorties d’un plateau de cinéma. Avec Egidio Scaioni (1894-1966) ou Dorvyne, quelques accessoires, un faux gazon, des branches d’arbre, des pierres peintes sur un muret, une balustrade, évoquent la terrasse d’un hôtel particulier, le pont d’un bateau, un port ou une plage. Les éclairages recréent la lumière du jour, zénithale, éblouissante, en contre-jours. Des fonds photographiques sont projetés en arrière-plan, tous les décors sont possibles. Un regard au loin, hors champ, vient ouvrir un peu plus l’espace fermé du studio, possibilité de fictions, début d’une histoire à raconter. Les contre-plongées agrandissent le regard, détachant les jeunes femmes sur des ciels infinis. On se laisse prendre à la modernité de ces mises en scène photographiques. Les femmes sont dynamiques, indépendantes, actives. Il est temps de sortir du studio.

Premiers pas dehors


Séeberger Frères, le mannequin Dorys pour Agnès, aux courses à Longchamp, 1933. 

À la fin du XIXe siècle, les toilettes vues aux courses sont « croquées » et dessinées dans les revues de mode. Photographies d‘élégantes et de mannequins professionnels paraissent dans Femina, dès 1902-1903, et dans L’Illustration, à partir de la fin des années 1900. Plus que pour les courses, on va à Longchamp pour voir les nouvelles tenues. Les journaux s’en font l’écho. Parfois l’image fait la couverture : l’apparition de mannequins lançant une mode nouvelle devient alors un événement. Les photographies aux courses sont un genre à part entière. Prises en plein air, elles saisissent les mannequins en situation réelle. L’arrière-plan, estompé dans un flou de profondeur de champ, dirige l’attention sur les tenues, dans un souci d’efficacité commerciale. Sortie du studio, la photographie tente de se saisir du mouvement. Paul Poiret est l’un des premiers à avoir présenté ses collections dans les jardins de sa maison de couture. Les variations perceptibles de la lumière du jour donnent une dimension naturaliste aux images et leur montage en diptyque, de face puis de profil, suggère le mouvement possible des corps. Par leur caractère documentaire, les premières photographies en plein air ancrent ainsi les modèles de haute couture dans la réalité et renforcent le sentiment des lectrices d’un rapport direct avec la mode en train de se faire. Reflets de la modernité  des années 1930, quelques thèmes prédominent. Une mode de jour en phase avec les nouvelles activités féminines de la haute bourgeoisie sort dans la rue. Au-delà des occupations urbaines, l’époque est aux voyages, à l’activité physique, aux bains de soleil, à la libération des corps, qu’accompagne logiquement la photographie en extérieur. Si une esquisse de mouvement se dessine, la mise en scène est cependant visible, les modèles restent figés dans l’illusion de la spontanéité.

Jean Moral (1906-2001)


Jean Moral, ensembles John Wanamaker et Lord & Taylor, New York, 1935.

Au début des années 1930, les évolutions techniques bouleversent la photographie. Les appareils de petits formats, comme le Leica et le Contax, deviennent l’outil d’un grand nombre de photographes de reportage et d’illustration. Le Rolleiflex, appareil de moyen format facile à manier, apporte aux photographes de mode une plus grande mobilité et une plus grande rapidité, leur permettant de saisir le mannequin dans presque toutes les situations. Ces nouvelles images apparaissent dans les magazines pour des raisons essentiellement commerciales. Dans les années 1930, Carmel Snow, rédactrice en chef de Harper’s Bazaar, doit faire la promotion du sportswear américain pour des femmes de plus en plus actives. Martin Munkacsi, aux États-Unis, et Jean Moral, en France, sont engagés dans cet objectif. Appartenant au courant français de la nouvelle vision, mais aussi reporter, Jean Moral photographie à Paris, une mode de jour facile à porter, tailleurs en lainage ou robes d’été imprimées. À partir de 1934, il insuffle aux pages de Harper’s Bazaar un air de liberté et une fraîcheur inédits. Les mannequins souriants ressemblent aux femmes de leur époque. Le naturalisme des photographies est renforcé par leur spontanéité. Les regards, souvent tournés vers la caméra, disent la proximité du photographe avec ses modèles et, par là même, renforcent la possibilité d’identification des lectrices. Grand voyageur et grand sportif, Jean Moral se distingue par une approche en mouvement et dynamique de ses sujets, souvent pris en légère contre-plongée ou avec une longue focale. Les corps féminins sont vivants, libérés de l’inactivité, inscrits dans la modernité. En 1940, alors que Harper’s Bazaar manifeste son soutien à la haute couture parisienne, Jean Moral saisit les tailleurs de Molyneux ou de Lucien Lelong dans une capitale qui se prépare à la guerre. Élégante en toutes circonstances, la Parisienne est active dans une ville en prise avec le réel. 

Paris


Henry Clarke, manteau Jacques Fath, Paris, 1949.

Les années d’après-guerre accentuent la prédominance de Paris en matière de mode ; elles signent le retour de l’opulence et du luxe. Dans les photographies d’Henry Clarke et de Willy Maywald, la capitale est le décor idéal pour la mise en scène des tenues de haute couture. Les tailleurs quittent leurs salons, sortent dans la rue, traversent la place des Victoires ou la place Vendôme, descendent sur les quais de la Seine. En même temps le Paris populaire bénéficie d’une imagerie qui valide l’authenticité des lieux.  Dans les années 1960, Peter Knapp expédie la mode dans une nouvelle dimension en photographiant, de nuit, un ensemble Courrèges sur les Champs-Élysées. Plus que l’extérieur ou le plein air, c’est la rue qui définit désormais cette photographie de mode, à l’opposé de l’atmosphère confinée et artificielle du studio. L’inscription du mannequin dans un flux urbain traduit la façon dont la photographie de mode intègre la photographie de rue au sein de son propre système commercial et esthétique. Au-delà de la mise en scène de la mode dans un décor urbain, si contemporain soit-il, l’idée novatrice est de se ressourcer dans la réalité. Pour accompagner la naissance d’un prêt-à-porter jeune et démocratique, David Bailey et William Klein bouleversent les points de vue. Utilisant des appareils de petit format, travaillant comme des reporters, ils jouent du grand-angle ou de la longue focale pour inscrire leurs modèles dans une ville en effervescence. Jean Shrimpton saisie pour Vogue par David Bailey à New York, en 1962, est emblématique de cette rencontre idéale dans l’histoire de la photographie de mode, entre la jeunesse d’un mannequin, l’audace d’un photographe et l’énergie d’une ville. 

Exotismes


Henry Clarke, robe Pierre Cardin, Jordanie, 1965. 

Au début des années 1950, la mode mise en scène dans les pays lointains devient une catégorie à part entière dans les magazines. Loin de se résumer à l’utilisation de décors inédits, ce nouveau genre doit son développement à la naissance du tourisme international. Les robes d’été et les maillots de bain sont désormais photographiés sur la Côte d’Azur ou dans le sud de l’Europe. En 1958, le Boeing 707 annonce l’ère des jets qui, en réduisant les temps de voyage et en abaissant les tarifs, permettent d’atteindre des lieux jusqu’alors inaccessibles. À partir du début des années 1960, les voyages exotiques se multiplient ainsi dans l’ensemble de la presse de mode, et trouvent dans la couleur l’alliée la plus parfaite, les photographes partant à la conquête d’espaces tout à la fois géographiques et esthétiques. Le Vogue américain de décembre 1964 marque un tournant. Diana Vreeland, rédactrice en chef depuis 1963, a l’idée d’envoyer en Inde Henry Clarke avec une rédactrice de mode, un assistant, un coiffeur et deux mannequins. Le succès de ce reportage composé de 27 photographies en couleur, permet à Vogue de renouveler l’exercice deux fois par an. Jusqu’en 1969, Henry Clarke se rendra ainsi au Brésil, en Syrie et en Jordanie, à Ceylan, en Turquie, au Mexique, en Espagne et en Iran, puis à nouveau en Inde, pour des voyages de mode tout aussi exceptionnels. Les destinations correspondent à une certaine idée de l’exotisme en vogue dans les années 1960. L’Inde et la Turquie nourrissent l’imaginaire collectif. Les temples indiens ou mexicains, les ruines syriennes, les palais de maharajahs indiens, sont des vestiges de civilisations disparues et possèdent une dimension mythologique très forte. Les mannequins et les vêtements– une mode « resort », venue principalement du prêt-à-porter américain, fonctionnent comme des révélateurs de cet exotisme. En mêlant Orient et Occident, exotisme et intérêts commerciaux, ces images, fortement ancrées dans les années 1960, constituent un moment unique dans l’histoire de la photographie de mode.

 

Conçue et réalisée à partir des collections de photographies du Palais Galliera, musée de la Mode de la Ville de Paris, cette exposition est soutenue par l'Institut Français des Pays-Bas et l'Ambassade de France aux Pays-Bas.

Commissariat : Sylvie Lécallier, chargée des collections photographiques du Palais Galliera

Hors les murs:
Huis Marseille, Museum for Photography (Amsterdam, Pays-Bas)

Informations pratiques

Tarifs:

€ 9,–: full price 
€ 4,50: students / senior citizens (65+) / groups of at least 8 / CJP / Rembrandtpas
Free admission: children ages 17 and under / Museumcard / I Amsterdam City Card / Stadspas / ICOM

Billetterie:
Accès billetterie
Information:

Huis Marseille, Museum for Photography
Keizersgracht 401
1016 EK Amsterdam
Pays-Bas

+ d'information : 
>> www.huismarseille.nl

Contact Presse : 
Benjamin van Gaalen
T: +31 (0) 20 531 89 87
E: benjaminvangaalen@huismarseille.nl